26 avril 2008

Une remarque qui tombe à point... de détail

Hier, malgré ma journée bien remplie, j'ai eu quelques minutes pour constater que Le Pen avait encore dit n'importe quoi. Il aurait réaffirmé sa déclaration de 1987 sur les chambres à gaz qui seraient un point de détail de la Deuxième Guerre mondiale. Et il apprendra qu'on ne dit pas la Deuxième Guerre mondiale, mais la Seconde, car deuxième implique une troisième. Or, il n'y en a pas eu jusqu'ici ; la preuve : je vous parle.

Je ne commenterai pas le fond de cette déclaration : évidemment honteuse. Six millions de morts, ce n'est un détail sous aucun prétexte. Même quand il y en a eu cinquante millions à la guerre. Six millions de personne tuées d'une façon froide, industrielle, considérées comme de la vermine à éliminer, traitées comme tout sauf comme des hommes, et ce pour une appartenance religieuse, politique ou quoi que ce soit considéré comme déviant par un régime totalitaire mené par un fou machiavélique, calculateur et charismatique, ce n'est jamais un point de détail.

Je voudrais m'attarder sur cette déclaration en tant que stratégie politique. Vous le savez, je vais jusqu'à douter du racisme de Le Pen. J'en avais d'ailleurs longuement débattu avec un frontiste il y a de cela un an. Je crois profondément en l'opportunisme de Le Pen. Cet homme a réussi tout ce qu'il a voulu faire : faire parler de lui. Grâce à un charisme impressionnant qui caractérise les hommes d'extrême-droite, alliés à un populisme et à une démagogie brillants, il a réussi à imprégner la France de ses idées de merde. Le Pen est peut-être raciste, mais il fait ça par opportunisme. Il sait tenir un discours qui plaît aux racistes et à "la France profonde" qui croit que Jean-Pierre Pernaut est un grand journaliste.

Alors cette phrase est-elle mal placée, est-elle un échec ? Oui. Déjà en 1987, elle avait stoppé net son ascension. Elle avait fait parler de lui, mais l'avait stabilisé à un niveau qu'il a eu beaucoup de mal à dépasser. Aujourd'hui, il récidive. Il va, certes, faire parler de lui, mais il n'a plus les voix qu'il avait en 1987. Le Pen n'existe plus politiquement. Depuis le premier tour de la présidentielle 2007, il me déçoit à chaque fois qu'il parle. Où sont son charisme, son populisme et sa démagogie ? Il est vieux et ça se voit. Mais contrairement à beaucoup, j'estime qu'il l'a fait exprès. Il vieillit, tout le monde le voit. Il se fatigue, n'a plus le talent qu'il a eu pendant toute sa carrière. Mais je crois Le Pen profondément égoïste. Et d'ailleurs, je ne conçois pas le FN sans Le Pen. Et quand je dis Le Pen, c'est Jean-Marie SEUL.

Je crois justement que Le Pen ne veut pas de sa succession. Il fait exprès d'attiser les conflits entre Marine, Gollnisch et Carl Lang, auxquels je souhaite d'ailleurs tous les trois de mourir dans d'atroces souffrances, pour qu'il n'y ait plus de FN après lui. Le FN est le mouvement de Jean-Marie Le Pen, et de personne d'autre. Et lui ne veut pas que qui que ce soit lui succède, fût-ce sa propre fille.

Et bien c'est en regardant le JT que m'est venue l'illumination : il l'a fait exprès. Se discréditer en disant cela, il l'a fait exprès. Aujourd'hui, alors qu'il plafonne à 4% les meilleurs jours, il sait qu'il est mort politiquement, tué par un fils d'immigré des pays de l'Est, et qu'il ne ressuscitera pas. Alors... après lui, le déluge. Il montre ses discordances avec sa fille, qui veut faire du FN un parti communiste de la droite, à savoir un parti à la droite de la droite qui ne soit pas d'extrême-droite. Marine ne pourra jamais reprendre le FN car elle s'attirerait les foudres de la partie la plus raciste et fascisante du FN. En disant cela, je crois que Le Pen commence à creuser la tombe du FN. En somme un vrai dirigeant, machiavélique, charismatique, qui aura gagné ses combats. Mais son appareil, ses idées, ne lui survivront pa, et je crois que c'est ce qu'il a toujours voulu. Le Pen est le modèle de l'homme politique contestataire. Il aura été le Poujade des années 80, 90 et 2000. Le Pen a vécu de 1983 à 2007. Cette récidive sur le détail des chambres à gaz est un signal que non seulement il accepte sa mort politique, mais qu'il entraîne aussi son appareil avec lui. D'ailleurs, ça ne m'étonnerait pas qu'il meure d'ici peu.

À venir : un article sur Ingrid Bétancourt.