06 août 2008

La frite et la minorité visible

Vous vous en doutez, je vais vous parler de la campagne présidentielle aux États-Unis, où je me rendrai par ailleurs fin août (oui, je cache ma joie, je sais très bien le faire, voire même un peu trop).

C'est que très récemment, McCain a repris du poil de la bête, ce qui vient confirmer mon intuition que c'est la frite (McCain) qui va gagner. La bourde concerne les prix du pétrole, et vous savez que les Américains sont tout aussi mal lotis que nous. C'est même pire, dans la mesure où ils n'ont pas bénéficié d'une monnaie forte, car vous le savez, le dollar est très affaibli relativement à l'euro.

Bon. Et bien ça, c'est un thème de campagne chez nos amis les ricains. Comment lutter contre le pétrole cher ? Et McCain a pris une longueur d'avance sur ce sujet, en prônant une solution conservatrice à souhait, qui répond en tous points aux critères d'une bonne campagne. Je m'explique : ce vieux monsieur prône, tenez-vous bien, l'indépendance énergétique. À savoir ne plus dépendre de l'OPEP en ce qui concerne le pétrole. Si cette volonté est louable au premier abord, ce qui supposerait une adaptation de la consommation à la baisse de l'offre, elle l'est beaucoup moins quand on lui demande ce qu'il compte faire : augmenter l'offre par la reprise des forages, y compris dans des zones protégées, comme le plateau continental ou l'Alaska. Et le regain d'activité des plateformes pétrolières offshore (c'est-à-dire en mer, notamment dans le golfe du Mexique). Une solution de bourrin, mais claire, qui séduit beaucoup d'Américains.

Dans Le Monde, un historien nous donne ce qui me semble être la clé de la crédibilité chez un homme politique : montrer qu'on a des convictions solides d'une part, et qu'on est capable de négocier d'autre part. Je m'étais posé la question il y a quelques mois, de qu'est-ce qu'une bonne campagne. Et bien je trouve cela satisfaisant : trouver l'équilibre entre les positions partisanes (pour rassembler son camp) et les concessions (pour râtisser large). Les extrêmes ont un problème quand il s'agit de faire des concessions : ils sont dans le dogme, dans l'incantation. En Europe, le problème de la gauche est surtout celui des convictions, d'où -entre autres- l'image d'incompétente qu'a Ségolène Royal.

Revenons au pays de l'Oncle Sam : McCain, qui en début de campagne avait une réputation de girouette, a maintenant la réputation d'être un homme de conviction sur un sujet important comme l'énergie. Obama, lui, tergiverse : il est maintenant favorable à l'exploitation des plateformes offshore, alors qu'il était contre auparavant. Celui qui n'a jamais paru comme un homme de convictions apparaît de plus en plus comme une girouette. J'ajouterais que ses déclarations prônant un changement des comportements des Américains ont été efficacement tournées en dérision par les républicains : "La réponse d'Obama à la crise énergétique ? Gonflez vos pneus !"

J'ai bien peur que ça ne finisse mal, tout ça...