19 février 2008
Le facteur qui faisait trembler la gauche
Aujourd'hui j'avais envie d'écrire un article. Un bon article, comme ceux du bon vieux temps où bloguer tous les jours ne me gênait nullement. Mais une multitude de sujets s'offraient à moi : parler de Fidel ? Je l'avais déjà fait il y a quelques mois, Chahid aussi. L'idée me plaisait bien, mais j'avais le sentiment d'avoir déjà tout dit. En me relisant, je constate que ce n'était pas le cas, mais bon...
Parler de Sarko ? Je l'ai déjà tellement fait...
Alors j'ai décidé de parler d'un sujet qui n'a pas trop de rapport avec l'actualité la plus brûlante : Olivier Besancenot et la LCR.
J'y ai déjà réfléchi à plusieurs reprises, notamment dans mes révisions de science politique sur les partis et les groupes d'intérêt, complété par un meeting du Facteur à Aix, il y a quelques mois.
Alors, les sondages (avec tout ce qu'on peut dire des sondages) font état d'une montée de ce brave monsieur. Il est l'un des rares "petits candidats" à avoir réitéré son score de 2002 en 2007, c'est un homme très charismatique (pour l'avoir vu en vrai, je peux vous le dire, il en jette), et il a de la marge. Alors, en tant que socialiste, dois-je le craindre, l'encourager ? M'en foutre ? Avoir de la sympathie pour lui ?
Et bien jusqu'à l'avoir vu en meeting, j'avais de la sympathie pour lui. Et quand je l'ai vu, j'ai compris qu'il pouvait représenter une menace réelle pour le PS. Charismatique, avec un discours cohérent, et bientôt avec un appareil à son service. Tout ça est un avantage sur un PS inaudible, sans tête et dont l'appareil est un fléau plus qu'un service. J'ai alors commencé à le considérer en adversaire.
Le credo de la LCR est assez simple : mener une politique de gauche ambitieuse : augmenter les salaires, nationaliser les grandes entreprises, édifier un État fort qui fasse en sorte que personne ne vive dans la misère... et ça, le meilleur moyend de l'obtenir est l'action sociale. Vive la grève, en quelque sorte. Blocages, manifestations, pour défendre les acquis sociaux. Intransigeance syndicale, SUD, CGT, tout ça. Et en ça, la LCR montre bien qu'elle n'est pas un parti protestataire (du moins pas encore car elle n'a pas de succès électoral à sa mesure), mais bien un groupe d'intérêt.
Rappel de science po : un groupe d'intérêt, c'est une organisation qui fait pression sur le pouvoir (ce que Le Pen appelle l'establishment) pour obtenir la prise en compte de ses revendications. Les deux derniers partis-groupes d'intérêt, ce sont les Verts et le FN. Les Verts, c'est assez facile à comprendre : leur but était d'insérer la thématique de l'écologie dans le discours politicien. Ils ont plus ou moins réussi, même si c'est Nicolas Hulot qui les a grillés à la présidentielle, et même si notre divin Président ne parle pas beaucoup d'écologie. Il faut dire qu'après la baudruche du Grenelle de l'Environnement et avec ce plot de Borloo, il ne fallait pas s'attendre à des merveilles. Bref.
Le FN aussi est en quelque sorte un groupe d'intérêt : il a réussi à imposer sa thématique favorite, à savoir l'immigration, et dans une moindre mesure l'identité nationale (voir leur tract pour les municipales), dans le discours des politiciens "classiques". Prenons au hasard Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal pendant la campagne. Vous voyez où je veux en venir ? Et le FN, comme les Verts, s'est dégonflé comme par magie dès lors que son thème était repris.
Et bien je crois que la LCR a un rôle à jouer sur le PS. En effet, si le PS choisit durablement l'option sociale-démocrate de ses voisins européens (le New Labour et le SPD en tête) et abandonne son aile gauche(iste ?), il pourra émerger un parti rassembleur sur ce vide. Et s'il monte électoralement et devient incontournable, deux options possibles :
-Soit le PS devient à son tour un parti de centre-gauche, et le nouveau parti de Besancenot pourra peser sur les scrutins (si toutefois il reste audible), voire forcer le PS à accepter de gouverner avec lui. Et il jouera le rôle d'aile gauche du PS.
-Soit le PS, pour éviter l'hémorragie à sa gauche, reprend à son compte les thématiques qui pourront lui être imposées par la nouvelle force, et s'impose comme grand parti de gauche.
En tout cas, je crois que Besancenot a choisi une stratégie qui peut être payante et qui peut à terme être bénéfique au PS, et à la gauche dans son ensemble.
23:22 Publié dans Politique | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : besancenot, LCR, parti socialiste, PS, gauche



