06 août 2008

La frite et la minorité visible

Vous vous en doutez, je vais vous parler de la campagne présidentielle aux États-Unis, où je me rendrai par ailleurs fin août (oui, je cache ma joie, je sais très bien le faire, voire même un peu trop).

C'est que très récemment, McCain a repris du poil de la bête, ce qui vient confirmer mon intuition que c'est la frite (McCain) qui va gagner. La bourde concerne les prix du pétrole, et vous savez que les Américains sont tout aussi mal lotis que nous. C'est même pire, dans la mesure où ils n'ont pas bénéficié d'une monnaie forte, car vous le savez, le dollar est très affaibli relativement à l'euro.

Bon. Et bien ça, c'est un thème de campagne chez nos amis les ricains. Comment lutter contre le pétrole cher ? Et McCain a pris une longueur d'avance sur ce sujet, en prônant une solution conservatrice à souhait, qui répond en tous points aux critères d'une bonne campagne. Je m'explique : ce vieux monsieur prône, tenez-vous bien, l'indépendance énergétique. À savoir ne plus dépendre de l'OPEP en ce qui concerne le pétrole. Si cette volonté est louable au premier abord, ce qui supposerait une adaptation de la consommation à la baisse de l'offre, elle l'est beaucoup moins quand on lui demande ce qu'il compte faire : augmenter l'offre par la reprise des forages, y compris dans des zones protégées, comme le plateau continental ou l'Alaska. Et le regain d'activité des plateformes pétrolières offshore (c'est-à-dire en mer, notamment dans le golfe du Mexique). Une solution de bourrin, mais claire, qui séduit beaucoup d'Américains.

Dans Le Monde, un historien nous donne ce qui me semble être la clé de la crédibilité chez un homme politique : montrer qu'on a des convictions solides d'une part, et qu'on est capable de négocier d'autre part. Je m'étais posé la question il y a quelques mois, de qu'est-ce qu'une bonne campagne. Et bien je trouve cela satisfaisant : trouver l'équilibre entre les positions partisanes (pour rassembler son camp) et les concessions (pour râtisser large). Les extrêmes ont un problème quand il s'agit de faire des concessions : ils sont dans le dogme, dans l'incantation. En Europe, le problème de la gauche est surtout celui des convictions, d'où -entre autres- l'image d'incompétente qu'a Ségolène Royal.

Revenons au pays de l'Oncle Sam : McCain, qui en début de campagne avait une réputation de girouette, a maintenant la réputation d'être un homme de conviction sur un sujet important comme l'énergie. Obama, lui, tergiverse : il est maintenant favorable à l'exploitation des plateformes offshore, alors qu'il était contre auparavant. Celui qui n'a jamais paru comme un homme de convictions apparaît de plus en plus comme une girouette. J'ajouterais que ses déclarations prônant un changement des comportements des Américains ont été efficacement tournées en dérision par les républicains : "La réponse d'Obama à la crise énergétique ? Gonflez vos pneus !"

J'ai bien peur que ça ne finisse mal, tout ça...

17 juillet 2008

C'est mois après mois que nous gagnerons...

Note : je pars à Aix jusqu'à lundi. Je risque donc d'être inactif pendant cette période.
Je vous retrouve lundi prochain pour commenter l'échec de la réforme des institutions ! ;-)

11 juillet 2008

Je suis d'accord avec Ségolène Royal...

Vous n'avez certainement pas échappé aux deux saillies consécutives de Ségolène Royal : celle sur Ingrid Betancourt d'abord, celle sur son cambriolage ensuite. Outre le fait que je suis entièrement (ou presque) d'accord avec elle sur Ingrid, ces deux saillies n'ont rien de hasardeux et appellent un certain nombre de remarques :
- Ségolène Royal, malgré son manque de talent oratoire et l'ambiguïté de son projet, est assez balèze en com'. En effet, vous le savez, elle a cette particularité de faire partie du PS sans en faire partie. Elle est socialiste et veut prendre le parti, mais elle a en réserve son propre appareil (je ne nommerai ni Désirs d'Avenir si Ségosphère), qui me fait dire par ailleurs qu'elle pourrait bien décider de faire cavalier seul si elle perd le premier appareil. Mais je m'égare. Cet éloignement du PS fait à la fois sa force et sa faiblesse : sa force car elle peut se dédouaner de l'impopularité chronique du PS, sa faiblesse car une grande partie du PS "à l'ancienne" lui est très hostile. Et bien je vois ces saillies comme un moyen pour elle de gommer cet éloignement, et de se rapprocher de l'appareil qu'elle tente de prendre. Je m'explique : en rompant la burlesque Union Sacrée autour de la libération d'Ingrid Betancourt (je n'avais pas posté d'article mais j'ai laissé mon opinion ici et ici), elle s'exposait à une volée de critiques, qui n'ont pas tardé à venir. L'article du Monde qui traitait l'affaire était pour plus de sa moitié consacré aux critiques de sa position. Je n'imagine même pas Le Figaro... Même chose pour sa sortie sur son cambriolage (les faits semblent lui donner raison en partie) : elle s'exposait à de très fortes réactions. Mais elle obligeait surtout les socialistes à se positionner : guerre ouverte ou soutien ? La première sortie a plutôt été semblable aux précédentes, à savoir que l'ensemble du PS moins Bianco, Peillon et quelques autres la critiquait ou s'en foutait. Pour la seconde, on commence à assister à un revirement : personne n'a critiqué. Même Jack Lang, d'habitude si enclin à critiquer ses adversaires (pour avoir une place au gouvernement, il faut bien lécher un peu), ne s'est pas (trop) prononcé. Ici, elle est en train de réussir un coup de maître : faire baisser leur garde à ses adversaires du PS. S'ils ne la critiquent plus, c'est qu'ils lui accordent cette légitimité dont elle a tant besoin. De là, elle peut aller très loin.
- Elle se pose donc en première opposante à Sarkozy, en disant qu'il n'aurait pas dû faire comme ci ni comme ça sur la dossier Betancourt, et en l'accusant de l'embêter en la cambriolant. Sa conception de l'opposition me semble cependant dangereuse pour l'avenir (moi aussi, j'ai mes désirs d'avenir ^^) : en effet, elle occulte totalement le fond. Elle donne des leçons de gouvernement à Sarkozy et se sert de sa vie privée pour servir ses intérêts politiques. Si c'est pas de la personnalisation... Qui l'a entendue sur les dossiers de fond, sur la loi démantelant les 35 heures, sur un dossier aussi important que la réforme des institutions ? Moi non, alors peut-être que je ne l'entends pas. Mais si je ne l'entends pas alors que je fais des efforts pour l'entendre, elle devrait parler plus fort pour que le commun des mortadelles l'entende.

01 juillet 2008

Mougabe

Si vous avez lu les journaux ou regardé la télé ces derniers jours, il ne vous aura pas échappé que Robert Mugabe, président du Zimbabwe, a été réélu les doigts dans le nez, avec un score de dictateur africain (90%) qu'il est, après que le candidat de l'opposition qui avait gagné a reconnu sa défaite.
Un rapide coup d'oeil sur le bilan de Mugabe : une inflation à trois chiffres, une croissance négative, 5 millions de réfugiés... bref, un pays liquidé par un dictateur qui sacrifie son pays pour sa gloire personnelle. Un exemple qui n'est que trop courant en Afrique. Je pourrais parler de l'héritage de la colonisation qui a laissé des États fantoches, mais ce n'est pas le sujet.
Non, je voudrais parler du traitement de l'affaire par les médias. Et franchement, il y a de quoi dire. J'avais rarement vu et entendu les médias être aussi ouvertement partiaux et avoir des avis aussi tranchés. Apprendre à nuancer son propos, c'est ce qu'on m'a appris en Terminale ES !
En effet, les médias ont allègrement parlé de "dictateur", de "mascarade électorale"... on a entendu ça dans la bouche des présentateurs du JT, pourtant si impartiaux d'ordinaire ! D'habitude, si on veut dire que le dictateur en est un, on donne la parole à Reporters sans Frontières, à Amnesty International ou à l'opposition pas si muselée que ça. Sauf sur Arte ; d'ailleurs je ne regarde plus Arte Info à cause de sa partialité quand il s'agit de traiter des affaires russes, ou d'Europe de l'Est. Et bien là, toutes les chaînes, toutes les radios, tous les journaux, ont hurlé avec la meute.
Entendons-nous bien : je ne soutiens en rien Robert Mugabe. Un héros de l'indépendance qui profite de sa gloire pour mettre les cornes à tout un peuple qui croyait en lui, et qui sacrifie une nation pour son petit bonheur personnel, est un moins-que-rien. Mais l'absence TOTALE de nuances des médias, qui devraient nous faire réfléchir sans nous endoctriner, m'a fait profondément chier. Cette impression qu'on réfléchit à ma place et qu'on m'impose une idée m'a laissé un goût amer.
D'autant plus que les médias l'ont fermée quand Sarko invitait son ami Kadhafi. Qui a parlé du dictateur libyen, des atteintes à la liberté d'expression de Kadhafi, de cet avion abattu dans les années 80 par Mouammar himself, de sa longévité au pouvoir... ? Qui a traité Omar Bongo de dictateur corrompu, réélu après des mascarades électorales ? Peu de monde. Alors faudrait savoir un peu.

13 juin 2008

D'une hypothétique Constitution européenne

"J’ai proposé à nos partenaires un traité simplifié, limité aux questions institutionnelles que nul n’a contestées pendant la campagne référendaire, afin que l’Europe se dote rapidement des moyens de fonctionner efficacement à 27 États membres. La question de la réécriture d’un texte plus global, scellant la dimension fondamentalement politique de l’Europe, se posera dans un second temps." (Extrait du programme de Nicolas Sarkozy)

Force est de constater que le traité de Lisbonne, que les Irlandais sont en train de rejeter, ne se limite pas aux questions institutionnelles, qu'il n'est nullement simplifié et que nul ne le conteste pas.

Je ne vais pas m'attarder sur la critique du traité de Lisbonne, puisque si l'on en croit François Fillon et le Taoiseach irlandais, le traité de Lisbonne est enterré après ce non. Je vais plutôt proposer mon programme pour une Europe fédérale, qui ne soit pas une gigantesque bureaucratie-technocratie et tous les mots négatifs se terminant par -cratie, et qui ne soit pas accusée de nous imposer sa volonté.

Je crois en une Europe fédérale réellement forte, qui intéresse la population. Pour cela, il est effectivement nécessaire, en tout cas à mon sens, de lui donner des institutions qui soient plus proches des institutions nationales des pays de l'Union. Ces institutions devraient évidemment être inscrites dans une Constitution limitée à ces questions. En bon Français, j'opterais bien pour un régime semi-présidentiel à la française, mais je sais bien que le régime français est franco-français, et qu'on a déjà suffisamment essayé de faire une Europe à la française avec le Général. Je crois donc que l'Europe a besoin d'un régime parlementaire à l'allemande-espagnole-ital... heu non, en fait, pas italienne. ^^

Il nous faut un Premier Ministre européen, qui serait le président de la Commission Européenne, véritable gouvernement européen. Afin de rendre son action plus lisible, la Commission devrait à mon sens comporter des commissaires spécialisés... des ministres, quoi. Tout cela dans le but de, même si cette idée peut faire hurler beaucoup de gens, personnaliser la politique au niveau européen. Je crois que cela ne pourra que le crédibiliser, et le jour où on pourra se plaindre que Barroso paraît dans Voici, on aura fait un grand bond en avant dans la construction européenne. Pour chapeauter tout cela, il me semble qu'on pourrait avoir un Président de l'Union aux pouvoirs limités mais néanmoins existants.

Je crois également que le Parlement Européen doit être réformé, et pourquoi pas rendu bicaméral, avec un Sénat européen représentant les nations et un Parlement élu lors d'une seule élection échelonnée sur deux jours, avec les mêmes règles partout. Élu à la proportionnelle, mais ne seraient représentés que les partis ayant dépassé 5%.

Bon, tout cela est bien joli, mais comment la voterait-on, cette nouvelle Constitution ?

Et bien je crois qu'on devrait BIEN la voter. À savoir après l'élection d'une Assemblée Constituante, élue selon les règles que j'ai énoncées plus haut. Le projet serait finalement soumis à un référendum global dans toute l'Europe, avec un seul vote global et un seul résultat. Comme ça, on pourrait sortir de l'impasse. Tant que l'Europe se fera sans les Européens, il sera impossible de la construire.

11 juin 2008

I done a bad thing, George...

Le titre s'adresse évidemment à George W. Bush, qui reste malgré tout, jusqu'en novembre, le président des États-Unis. Et la forme vient de la part d'un fan de Tex Avery. Ca m'est venu de suite quand j'ai vu que Bush faisait son mea culpa en matière de politique internationale. Ses remarques, d'une mauvaise foi à couper le souffle (à moins qu'il n'y croie vraiment, ce qui est encore pire), m'en ont inspiré quelques autres :

D'une part, il regrette certaines choses sur la guerre en Irak. Il affirme qu'il a utilisé une rhétorique de va-t-en-guerre. Certes. Il a fait la guerre à l'américaine, avec un vocabulaire ordurier pour faire comme dans les films et les jeux vidéo. Au passage, rappelons que l'armée US ne recule devant rien pour recruter (voir Fahrenheit 9/11), et que les méthodes employées par l'armée visent justement à rendre la guerre sympa. C'est Rambo, Top Gun, puis Medal of Honor. Bush a joué ce jeu. Il regrette maintenant.

Mais au fait, ça ne vous rappelle rien, un président dans les tréfonds de l'impopularité qui dit qu'il a fait des erreurs, et qu'il n'a pas utilisé les bons mots sans pour autant remettre en cause le fond ? Bon, certes, notre président n'est pas en fin de mandat. Et je crois que de la part de Bush, c'est mieux joué que de la part de Sarkozy. Je m'explique : Bush est en fin de mandat. Ses six derniers mois vont être totalement immobiles car éclipsés par la campagne présidentielle. Son mandat touche à sa fin maintenant, en pas en novembre, encore moins en janvier, date où il passera officiellement la main à la frite ou au noir. Donc tout le monde le voit comme un président en fin de règne, ce qu'il est d'ailleurs. Les excuses sont alors bien à propos : il tire sagement (ou fait semblant de tirer) des leçons de son mandat sans toutefois remettre en cause son bilan.

Bush essaye d'avoir l'air gentil, en affirmant qu'il a voulu utiliser la voie diplomatique (menteur, il est certes allé au Conseil de Sécurité de l'ONU, mais pour tenter de convaincre les Français qu'il fallait utiliser l'option militaire. En plus il s'est empressé de dire merde à l'ONU qui affirmait avec raison qu'il n'y avait pas d'armes de destruction massive en Irak. Bel exemple de diplomatie !). La suite montre encore plus qu'il veut avoir l'air gentil, où il rappelle que les États-Unis sont la force du bien qui se battent pour la liberté et qui vont soigner des ch'tites n'enfants noirs. L'image d'Épinal pour remettre en place le préjugé qui prévaut aux États-Unis depuis T. Roosevelt. Il veut à la fois imputer l'échec de la guerre en Irak à sa mauvaise rhétorique et réhabiliter le principe de se battre pour la liberté, machin tout ça.

Et bien je dis que c'est bien joué. Parce qu'il fait semblant d'ouvrir les yeux et se donne un air moins borné. Il réhabilite la guerre en Irak aux yeux des Américains. Or, je rappelle qu'ils sont en campagne présidentielle, et que John McCain est favorable à la poursuie de la guerre en Irak. Réhabiliter l'image d'Épinal des Américains qui se battent pour la liberté et faire peser l'échec sur ses épaules, c'est pour mieux permettre à McCain de faire passer une troisième mi-temps en Irak.

Cette idée est confirmée par la suite, où il s'attaque aux positions d'Obama sur la politique étrangère. Il réussit par une pirouette à accuser Obama d'unilatéralisme, en se faisant passer pour un multilatéraliste. Quand on sait le cas que Bush fait de l'Europe, de la Chine et de la Russie, ça prête à rire.

Cela dit, ses excuses, même si elles sont basées sur de gros mensonges et de grosses contre-vérités, sont bien faites. Il fait efficacement campagne pour McCain. D'ailleurs, ça ne m'étonnerait pas que McCain se fasse d'ici peu passer pour quelqu'un de multilatéraliste, et presque de gauche. En gros, une campagne sarkozienne... ça vient confirmer le parallèle que je fais depuis le début entre la campagne américaine et la campagne française de 2007. Et malheureusement, mon pronostic est le même que pour le pays du camembert.

10 juin 2008

2,2% de croissance... merci qui ?

Récemment, un ami de droite m'envoyait un SMS ainsi rédigé : "2,2% de croissance malgré la crise économique mondiale ; merci qui ? Merci Sarko et vive la droite." Après une courte réflexion, je lui répondis qu'en Espagne, ils en étaient à 3,9%. Merci qui ? Merci Zapatero et vive la gauche !

Mais au-delà de la provocation évidente que constituait ce texto, et de la mauvaise foi qui primait d'un côté et de l'autre, je me suis finalement posé une question : imputer les 2,2% de croissance à une politique ne reviendrait-il pas à dire que si on a eu un temps de merde au mois de mai, ou si le premier match de l'équipe de France était d'un ennui mortel, c'est la faute de la droite ? Après tout, je me plais souvent à rappeler que sous Jospin, on a gagné successivement le Mondial et l'Euro de foot. En gros, le politique peut-il réellement agir sur l'économique ?

En effet, si il y a encore quelques décennies je crois que la réponse pouvait être oui, il me semble qu'elle l'est de moins en moins. Il y a 40 ou 50 ans, le Général avait raison : la politique de la France ne se faisait pas à la Corbeille. Les financiers adeptes du langage des signes ne pouvaient pas vraiment avoir de grosse influence sur la conjoncture économique. Le politique pouvait agir sur la croissance, en augmentant les salaires, les impôts, en imposant des prix plafonds comme l'avait fait Giscard, en menant une politique de rentiers comme Pinay, en relançant comme le prônait la gauche...

Aujourd'hui, dans un monde globalisé, je crois que ce n'est plus du tout pareil. L'échec des politiques keynésiennes dans les années 80 est selon moi imputable à la mondialisation. Le capitalisme qui a peu à peu perdu la tête en s'informatisant, en devenant de plus en plus instantané, et en mettant en jeu des sommes de plus en plus importantes, des milliards, des centaines de milliards, qui aujourd'hui peuvent décider de l'avenir du monde. L'argent est partout, la spéculation peut décider à elle seule du destin d'une nation. Or, la spéculation n'est pas contrôlable puisqu'elle se base sur des effets de masse : il faut parier sur ce qui va monter, donc attirer le plus de gens. Quand on sait ce que les dynamiques de masse ont pu donner, au Heysel par exemple, on se dit que notre système repose sur des bases bien dangereuses.

N'allez cependant pas croire que je fais mon libéral de poche : je ne tire pas les conclusions des économistes "nouveaux-classiques", monétaristes et autres, qui eux concluent que puisque l'économique a pris le dessus sur le politique, alors l'État doit se désengager puisqu'il est inefficace.

Je crois au contraire que l'État peut s'apparenter à un bateau qui navigue sur une mer houleuse : la météo, c'est la conjoncture économique. Le capitaine et son équipage, ce sont les gouvernements. Le gouvernement, s'il n'a guère d'influence sur la conjoncture économique, peut, doit, intervenir au maximum. Il doit s'adapter à la conjoncture et choisir qu'est-ce qu'il prélève dans cette nébuleuse économique si peu contrôlable, comment il le prélève, et à qui il le redistribue.

Ca me fait penser à mes cours de philo... il me semble (soyez indulgents, ça fait un an que je n'ai plus rouvert mon cahier de philo) que les philosophes qui s'opposaient aux libéraux, affirmant que le contrat social entre les individus et l'État leur offre la liberté économique en échange de la protection politique, affirmaient que ce n'était pas posible dans la mesure où les deux finiraient par s'opposer, avec la victoire finale de l'économique ou du politique.

Alors, d'accord, pas d'accord ? L'économique est-il contrôlable ? Les gouvernemens doivent-ils seulement s'adapter passivement à la conjoncture, et administrer (ce qui n'exclut pas une forte intervention de l'État), ou peuvent-ils être actifs et avoir une influence significative sur l'économique ?

04 juin 2008

McCain président !

Ca y est, Barack Obama est plus ou moins officiellement le candidat démocrate à la Maison-Blanche. Depuis que John McCain est le candidat républicain, je me dis pourtant que c'est lui qui va gagner l'élection. Non pas que je l'espère, mais c'est simplement que, vu par mon oeil de socialiste français, j'ai l'impression que le parti démocrate est en train de se ségoléniser.

Je m'explique : la campagne qu'ils mènent ressemble jusqu'ici point par point à la campagne socialiste de 2007 :

- Ils ont une conjoncture qui leur est très favorable : le président sortant est très impopulaire. Sur le plan économique, la croissance n'est pas au rendez-vous. Sur le plan extérieur, les Américains sont enlisés dans une guerre qui est en train de leur faire perdre pied au Moyen-Orient, de nouvelles puissances émergent aux quatre coins du monde : Chine, Inde, Iran, Russie, Amérique Latine...

- Le candidat de la droite ne propose rien de nouveau sous le soleil ; il tente de faire passer pour nouvelles des recettes archaïques. Il change également très souvent d'avis et entretient le flou sur ses propositions. Il a un peu de mal à rassembler les vieux du parti (gaullistes / néocons). Mais il parle bien, alors ça passe.

Maintenant, le négatif :

- Ils se sont engagés dans une primaire interminable, où trois puis deux candidats se sont détachés : un faisait confiance aux méthodes qui ont déjà marché, et tenait un discours plus marqué à gauche que les deux autres (Fabius / Edwards). Le deuxième revendiquait son expérience du pouvoir et jouait à fond sur la crédibilité (Hillary / DSK). Et enfin, le gagnant portait à chaque fois un fol espoir de par sa nouveauté : il porte le "changement" et rompt avec les wasps qui ont toujours exercé le pouvoir jusqu'ici (Ségolène / Obama). Ils se sont tapés dessus pendant toute la durée des primaires, éclipsant largement le candidat de la droite, qui lui faisait son petit bonhomme de chemin.

- Au fond, les deux candidats de la gauche n'ont pas tellement de divergences sur le fond, ce qui explique que la campagne se joue surtout sur les petites phrases. Ce sont surtout des batailles d'ego pour devenir Président de la République.

- Maintenant, il va falloir se poser des questions sur le fond et sur les ardents partisans d'Hillary, dont certains, de plus en plus nombreux, affirment qu'ils ne voteront pas pour le candidat de leur parti.

Et je crois que sur le fond, McCain est mieux parti. De plus, si les hillarystes continuent à taper sur Obama plus fort que les républicains, ça va être sérieusement problématique.

See you in November !

01 juin 2008

De la crise

Ca ne vous a pas échappé : depuis quelque temps, beaucoup de gens hurlent à cause de la hausse des carburants. Hier, c'était à cause de la crise alimentaire, tout ça parce que ça fait baisser le sacro-saint pouvoir d'achat. Alors les pêcheurs hurlent qu'ils ne peuvent plus faire face à la hausse des carburants. Ils réclament tous en choeur des solutions pour continuer à exister.
L'ennui, c'est que nos chers politiciens (à gauche comme à droite, d'ailleurs) ne font que débattre d'obscures subventions et de solutions à court terme : une politique de rustine, en somme. Et je n'entends personne dire qu'on est face à une crise mondiale, structurelle, et de long terme. Tous ces symptômes ne sont que des symptômes d'une crise mondiale. Et quelle est la cause de cette crise mondiale ? On a tout simplement atteint le pic de production de pétrole. Vous savez, ce fameux pic au-delà duquel la production ne peut que baisser. Et c'est dans quelques mois, quelques années, qu'on va se rendre compte qu'on est sérieusement dans la m**de parce que toute notre civilisation est basée sur le pétrole.
Face à cela, on n'entend pas Jean-Louis Borloo (je ne dis même pas "on n'entend plus" : ça supposerait qu'on l'eusse entendu à un moment), notre grand vice-Premier Ministre chargé de l'écologie et du développement durable, qui selon Hulot devait être un pilier du Gouvernement post-électoral. Enfin bon, c'est pas à moi de juger ; les Français y ont cru, plus dure sera la chute. Dans un monde parfait, ce monsieur devrait être au premier plan et être en train d'élaborer un véritable projet de société se rapprochant du développement durable, cette idée que tout le monde brandit comme un étendard sans même savoir qui était Mme Brundtland.
Oh, certaines mauvaises langues -je les vois d'ici- me diront que c'est déjà censé être en route, après le Grenelle de l'Environnement. Non mais sérieusement, vous y croyez, vous, au Grenelle de l'Environnement ? C'est la plus grosse supercherie depuis la campagne de François Bayrou ! Au moins !
Ben moi je suis peut-être naïf, mais je crois que nous devons réellement prendre conscience non seulement que l'essence pas chère, c'est fini pour toujours, mais aussi que le pétrole, ça va pas tarder à l'être. Et que quand les problèmes nous guettent et qu'on ne prépare rien pour les éviter, c'est qu'il y a un gros, gros, gros problème qui see profile à l'horizon.
Alors qui pour mettre du pognon dans la recherche de nouveaux carburants, respectueux de l'environnement et renouvelables ? C'est drôle, mais je ne crois pas trop en Borloo (hips)...
 
Et vous ? 

18 mai 2008

C'est qui le Ministre de la Défense ?

Je plaisante, bien sûr. Je sais qui est Ministre de la Défense. Mais je suis sûr qu'au moins un ou deux d'entre vous ont dû y réfléchir pendant un long moment. Il s'agit d'Hervé Morin. Un ancien bayrouiste reconverti au sarkozysme après l'élimination du mou de la présidentielle. En effet, il tenait à son siège de parlementaire, et ça aurait été difficile avec le Modem bas débit. D'où la nécessité de se rallier à la majorité.
Mais il a poussé le vice jusqu'à continuer à se revendiquer centriste, et à créer son propre parti centriste dans la majorité présidentielle. Le Nouveau Centre, que ça s'appelle. Comme la majorité présidentielle est représentée par l'UMP et rien que par l'UMP, le Nouveau Centre ne sert à rien. Si ce n'est à caser les traîtres centristes. Et il y en a suffisamment pour faire un groupe parlementaire qui rivalise avec les communistes. Et hier, ce parti qui ne sert à rien a fait son congrès de fondation. À Nîmes. Pour un montpelliérain comme moi, c'est carrément risible. Car en bon montpelliérain, j'estime que Nîmes est comme Montpellier en plus moche, avec juste des arènes au centre. Et que Béziers est une ville de vieux, mais ce n'est pas le sujet. En tout cas, le Nouveau Centre commence déjà mal en ouvrant son congrès à Nîmes.
Et franchement, me faisant chier, j'ai vu 5 minutes du congrès sur la chaîne parlementaire. Enfin, j'ai tenu 5 minutes. Jamais j'ai vu un discours aussi chiant. Un député de la Marne avec un nom en "de", avec un foulard orange du plus mauvais goût (ils en avaient tous un, comble du ridicule).
Alors ils se félicitaient de la reprise de leur seule idée, selon eux, dans le projet de réforme constitutionnelle du grand Président. Leur seule idée vient en plus du programme du mou aux grandes oreilles : l'interdiction d'avoir un budget en déficit érigée en règle constitutionnelle. Franchement, pendant la campagne présidentielle, je trouvais cette idée affreusement démago. Mais là c'est pire, parce que je crois qu'ils y croient, en plus. Plus de démagogie, c'est juste une idée complètement idiote.
On officialise donc la politique de rigueur dans la Constitution. C'est bien sympa, mais aujourd'hui, sommes-nous en mesure de répondre à ces exigences ? Au vu de notre déficit et de notre dette astronomiques, auxquels il faut ajouter les baisses d'impôts, c'est pas demain la veille. De plus, cela signifierait qu'on renonce à toute politique de relance par la consommation et l'investissement. Ajoutons à cela que je ne sais pas si c'est bien le rôle de la Constitution d'orienter le budget de la France. Ce sont juste des pistes, je n'ai pas spécialement réfléchi à la question. En tout cas, à mes yeux, cela ridiculise totalement le Nouveau Centre.

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