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08 mars 2008

BASTONNN !

Je ne vous parlerai pas de la campagne municipale en France, on n'a plus le droit. La campagne est terminée.

Je ne vous parlerai pas de la campagne législative en Espagne, on n'a plus le droit. La campagne est suspendue après un attentat d'ETA.

Alors je vais vous parler du troisième évènement marquant de la semaine selon moi.

Vous avez entendu des trucs sur l'Amérique Latine ? Vous êtes au courant qu'il s'est passé des trucs là-bas et que ça a chauffé dans la semaine ? Oui ? Hummm... permettez-moi d'en douter. Vous pensez qu'on a frôlé la guerre tout ça parce que Chávez a massé ses troupes à la frontière colombienne après une intrusion des troupes colombiennes sur le territoire équatorien qui ont tué des membres des FARC. Humm... il vous manque quelques éléments. Même moi, il a fallu qu'on m'explique, alors que je connais les protagonistes, la situation là-bas... Imaginez le Français moyen qui entend ça !

Je tenais donc à rétablir quelques vérités sur cet évènement, et vous redonner tout le fil de l'histoire et le contexte. C'est vrai qu'en France, on a plutôt tendance penser et à faire penser (consciemment ou pas) que Chávez c'est le vilain.

Le fil de l'histoire, c'est que le président équatorien, Rafael Correa (gauche), et le président vénézuélien, qu'on ne présente plus, avaient prévu de négocier avec les FARC (qu'on ne présente plus non plus) la libération d'Ingrid Bétancourt et de quelques autres otages. Les négociations avancent, et ils conviennent d'un point de rencontre dans la jungle équatorienne, où devaient se rendre les FARC et Sarkozy pour libérer Ingrid Bétancourt.

C'était sans compter sur Álvaro Uribe, le président colombien (droite). Ce monsieur, mouillé jusqu'au cou dans les milieux mafieux et autoproclamé champion de la lutte armée contre les FARC, est également un ennemi de longue date d'Hugo Chávez et ses petits copains. Or, Chávez a il y a quelques mois de cela, s'est fait le champion de la négociation avec les FARC, prenant ainsi le contre-pied de la méthode Uribe. Autant dire que ça ne plaisait pas trop au señor Uribe. Cet abruti s'est alors juré de tout faire pour faire capoter le processus de négociation.

Aujourd'hui, l'aboutissement de cet acharnement est qu'Uribe, sitôt de point de rendez-vous connu, s'est empressé d'aller envoyer ses troupes au point de rendez-vous fixé par Correa, en violant au passage la frontière équatorienne, pour aller tuer les membres des FARC. Pour la libération d'Ingrid Bétancourt, après cette opération, autant dire que ce n'était plus tellement à l'ordre du jour. Cette information a été confirmée par l'Élysée.

Par conséquent, les relations entre l'Équateur et la Colombie se sont subitement dégradées, le président Chávez, qui participait aux négociations, n'a pas trop aimé non plus le coup foireux du colombien. On est passés à côté d'un conflit armé dans une région qui a réussi tant bien que mal à maintenir une relative stabilité sur son territoire, et ce à cause de la jalousie d'Uribe. Il aura fallu que Lula organise une conférence à Saint-Domingue pour calmer le jeu. On a d'ailleurs vu les regards que Correa et Chávez ont lancé à Uribe : ils avaient l'air tout sauf réconciliés. Enfin, comme dit l'autre, on a évité le pire, et le pire, c'est la guerre.

La question est maintenant de savoir qui a gagné et qui a perdu : pour moi, le grand gagnant est Lula. Pourquoi le président du Brésil ? Parce que c'est lui qui s'est fait le champion de la réconciliation latino-américaine. Il a réussi à se tailler une image de leader régional garant de la stabilité politique qui va certainement lui donner une bonne image.

Pour les autres, ils sont tous discrédités : Uribe parce qu'il a fait capoter un processus de libération d'otages comme un gamin qui vient casser  château de cartes ; Chávez parce qu'il n'arrange pas son image d'homme impulsif (pour avoir envoyé des troupes à la frontière) ; Sarkozy et les Français parce qu'Ingrid ne va pas nous revenir de sitôt.

Seul Correa semble être sorti à peu près indemne de cette histoire, mais il faut dire qu'on le connaît pas trop. 

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