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30 décembre 2007
Back to the USSR
Réédité le 5 janvier 2008 à 22h40.
Mon voyage à Tallinn est très enrichissant et plutôt inattendu. Ce qui est frappant quand on arrive, c'est la manière dont cohabitent la modernité européenne et l'héritage soviétique. Par exemple, l'arrivée en avion laisse voir des terres agricoles qui ont l'air peu engageantes, et surtout, l'atterrissage nous fait voir les barres d'immeubles soviétiques qui n'ont rien à envier à celles d'Argenteuil, et des bidonvilles à peine plus engageants que les camps tziganes les plus moches. Et encore, on ne voit ça que par dessus. Pour finir, l'aéroport nous fait découvrir les magnifiques hélicoptères soviétiques aux ailes qui pendouillent. Bienvenue en URSS, pensai-je.
La ville de Tallinn est très européenne, malgré la persistance de gros blocs industriels au beau milieu de la ville et autres tramways à l'ancienne qui nous rappellent qu'il y a vingt ans encore, le KGB y faisait encore du bon travail (sous l'autorité de Poutine, soit dit en passant). Le constraste entre les bâtiments construits il y a plus de vingt ans et ceux construits il y a moins de vingt ans est énorme ; il y a même des étages modernes construits de toutes pièces sur des blocs soviétiques. Cela dit, le centre historique est très européen, et me rappelle tantôt la Flandre et Bruxelles, tantôt Aix-en-Provence (en plus froid quand même ^^). Tout a été fait pour éradiquer l'héritage soviétique en dehors de quelques antiquaires et du Musée de l'Occupation, où le parallèle fait entre les soviétiques et les nazis nous fait comprendre comme les Estoniens portent les Russes dans leur coeur (OU PAS). Les monuments du centre historique sont surtout médiévaux : j'ai pu voir de magnifiques cathédrales catholiques et orthodoxes, les remparts, et plus généralement les rues pavées et sinueuses, ce qui fait qu'il faut un sens de l'orientation en béton pour ne pas se perdre.
Au niveau de la bouffe, si vous voulez manger dans un restaurant estonien, va falloir chercher. Non pas ce que ce soit introuvable, mais les restaurants exotiques sont ultra-majoritaires. Il doit y avoir plus de restos indiens qu'estoniens. Cela dit, les spécialités estoniennes sont excellentes, variées et originales, et pourtant je suis chiant avec la bouffe ; ceux qui me connaissent personnellement savent de quoi je parle.
Je vais maintenant faire quelque chose de vraiment pas bien : je vais casser un mythe. Non il ne fait pas -25°C à Tallinn, non les gens ne< portent pas de chapskas, non le cercle polaire ne descend pas jusqu'à Tallinn. Loin de là. Les gens sont habillés normalement, avec un manteau, des gants et un bonnet. Disons que la température est certes plus froide qu'en France, mais la proximité de la mer installe un climat relativement tempéré, et ce que j'en ai vu correspond grosso modo à un temps froid dans le sud de la France. EDIT : Enfin ça c'était au début. Après la température est descendue jusqu'à -8°C avec du vent. Et c'est froid. Et j'aime bien ce climat, parce qu'au moins, on peut prendre son bonnet le matin et s'en servir toute la journée, contrairement à Montpellier ou Aix, où le bonnet ne sert qu'au mieux jusqu'à 10h. Par contre, puisqu'on parle des contraintes naturelles, comme diraient les géographes, j'ai quelques trucs à dire : venu de mon Sud ensoleillé, je ne peux que vous déconseiller l'Estonie en hiver si vous voulez bronzer : le temps est très incertain et rarement dégagé. Il tombe une espèce de bruine très fine quasiment en permanence, et on ne voit pas beaucoup le Soleil. M'enfin, ça n'est pas vraiment déprimant, contrairement à ce qu'on pourrait penser, et la ville est charmante même sous la grisaille. Autre chose : l'hiver, il fait nuit à 16h. On sent qu'on se rapproche du cercle polaire pour ça, et j'ai un peu de mal à résister à une bonne sieste vers 17h.
Mais j'allais oublier ce pourquoi j'ai choisi Tallinn comme destination de vacances : les antiquaires. Le féru d'histoire et de propagande que je suis a choisi l'Union Soviétique comme destination avant l'Estonie, et a cherché les antiquaires spécialisés dans la période "d'occupation", à savoir de 1940 à 1991. Et il a trouvé. Un magasin, en plein centre de Tallinn, qui vendait des objets -notamment militaires- de l'Occupation. J'y ai vu des réveils à l'effigie de Lénine et d'Hitler, des bustes de Lénine, des chapskas de l'Armée Rouge, une casquette effrayante avec une tête de mort ayant appartenu aux Waffen SS, et surtout ce pour quoi j'étais venu : des affiches de propagande. J'ai rapidement passé sur les affiches nazies, peu nombreuses, et j'ai flashé sur les affiches russes. Au final, je suis ressorti avec pas moins de vingt-cinq affiches de propagande russe, dont vingt-quatre soviétiques (la 25ème datant de 1904). Ca nous a coûté des sous, mais on ne reviendra pas de sitôt et en France, ça coûterait bien plus cher.
Pour finir, parlons du coeur même de l'Estonie : les Estoniens. Ils sont environ un million et parlent une langue nordique proprement incompréhensible si votre base linguistique est latine ou germanique ; heureusement, comme ils ont compris que peu de touristes parlent estonien, ils parlent tous un très bon anglais. Leurs immigrés à problèmes sont la minorité russe de 25% héritée de l'occupation soviétique.
Et pour ce qui est de la politique, il vaut mieux ne pas s'en préoccuper dans la mesure où le gouvernement est assuré par une coalition que même les Belges ou François Bayrou n'oseraient pas mettre sur pied.
19:50 Publié dans Mon nombril | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : estonie, vacances, tallinn




Commentaires
Bonsoir Killcow
A ce qu’il parait l’Estonie est un très beau pays, mais face à la disparition progressive et triste de l’héritage soviétique (un patrimoine du pays quand même), est ce que tu as remarqué une présence de plus en plus forte des antennes de la culture de l’Oncle Sam, McDo & Co ?
Ecrit par : Chahid | 06 janvier 2008
Évidemment qu'il y a McDo, Coca, KFC et autres. Cela dit, je comprends qu'ils aient eu la volonté d'éradiquer l'héritage soviétique après 50 ans d'occupation. Au fond c'est comme si on avait laissé les croix gammées sir les bâtiments à la Libération. Et puis je ne suis pas sûr que les Estoniens l'entendent de cette oreille : ils ne considèrent pas ça comme un patrimoine national parce qu'ils ont vécu leur annexion à l'URSS comme une occupation par les Russes. Et évidemment, cette occupation est à l'origine d'une réaction nationaliste assez forte, à savoir l'éradication de l'héritage soviétique, la libéralisation à outrance de l'économie (avec le taux d'impôt sur les sociétés à 0% par exemple) et les efforts pour intégrer l'Europe le plus vite possible. Effets pervers : la marginalisation de la minorité russophone, qui sont pour la plupart les enfants des Russes envoyés sur place pour "russiser" l'Estonie dans une sorte de colonisation et qui y ont tojours vécu. De même, le développement des enseignes McWorld & Co. Mais leur présence est à relativiser grandement : les centres commerciaux vendent les mêmes marques qu'en France et qu'ailleurs en Europe, mais ce n'est pas assommant. Et puis l'absence de panneaux publicitaires, par exemple, rend la chose beaucoup plus supportable.
Ecrit par : Killcow | 07 janvier 2008
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