« Joyeuses fêtes | Page d'accueil | Back to the USSR »
23 décembre 2007
De l'économie
A.S. : si la longueur de l'article vous fait peur, sautez le paragraphe 3 en gris foncé, où je raconte ma vie, fais un private-joke et dézingue mon prof d'amphi (mais je ne le cite pas, ne cherchez pas à me faire un procès pour diffamation, ça marche pas avec moi). Je tiens vraiment à ce que vous lisiez l'essentiel.
Et bien maintenant que, comme la plupart d'entre vous, je suis en vacances après être allé à mon lycée chercher mon diplôme du bac et mon dossier scolaire depuis la sixième (dedans il y avait des contrôles de CM2, d'où il ressort que j'oubliais souvent de mettre les points à la fin des phrases en français et que je n'écoutais rien, je rêvais ^^), je pensais pouvoir m'adonner aux plaisirs du glandage. Sauf que le glandage, ce n'est plus ce que c'était : j'ai lâché la console, mes amis voient eux aussi leurs amis et sont occupés, personne n'est connecté sur MSN, les blogs ne disent rien, l'actualité est chiante et lassante et j'ai eu 13/20 au test d'actualité du Figaro. Et finalement, le glandage, c'est vite chiant. Et en plus, je me dis que comme j'ai le repas de Noël demain et que je pars en Estonie vendredi pour revenir le vendredi suivant, ces vacances vont passer en un éclair ! Donc j'essaie de rentabiliser mon temps. Et que fais-je ? Et bien je travaille. Je travaille parce que je me dis qu'entre les partiels et les TD, il va falloir que je bosse sérieusement au second semestre pour avoir ma moyenne. Et surtout régulièrement, en commençant par les matières où je suis le moins bon. C'est pourquoi j'ai sorti ma plaquette d'économie à faire pour la rentrée, et j'ai commencé à la taffer.
Je me souvenais que ce que j'avais vu de l'éco telle qu'elle nous est présentée cette année est vraiment très difficile à aborder parce que c'est à base de tableaux et de courbes..... bref de maths. Et j'aime pas les maths, quand j'ai passé mon bac je croyais que j'en avais fini (avec un 15/20 en plus, mais l'épreuve était honteuse de facilité)..... jeune lycéen naïf et insouciant que j'étais ! Quand y en a plus, y en a encore ! Et ça aide pas ! Ce qui m'a conduit à me poser quelques questions sur cette matière que j'adorais au lycée et que je vomis de plus en plus depuis mon entrée à l'IEP.
Plantons d'abord le décor : après deux ans passés à faire des SES au lycée, dont une grosse moitié était de l'éco, deux années formidâââbles en terme de profs d'éco, (surtout en Terminale) et un 12/20 au bac (et vu comme j'avais bossé c'est bien payé), je rentrai à l'IEP, où j'appris qu'on avait deux heures d'éco en amphi et une et demie en TD. Youpi, pensai-je. Les premiers cours d'éco en amphi se révélèrent être excellents : notre prof nous faisait un cours compliqué et dense, mais mes connaissances héritées de mes deux années passées en ES me permettaient de suivre. En plus il balançait des perles politiques qui me firent comprendre qu'il était strausskahnien (personne n'est parfait) et qu'il était un politicien raté (il insistait pour avoir un micro sans fil, la rock-star attitude*). Le problème c'est qu'au bout du troisième cours, les digressions avaient pris tellement de place qu'elles remplaçaient purement et simplement le cours. Je décidai donc de ne plus prendre sur mes heures de sommeil et de me priver du cours d'éco des discussions politiques et jeux de cartes du mardi matin.
Ensuite, en TD, c'était une autre histoire. Mon prof est un PLOT. Vous savez, le truc qui trône au milieu et qui ne sert à rien. Sur la forme, nous n'étions pas gâtés. Mais sur le fond..... ah, Seigneur, sur le fond..... on avait chaque semaine des plaquettes très denses et écrites en petits caractères sur un sujet. Que nous traitions en cours. Enfin, nous traitions quelques questions. À savoir entre 2 et 13 (sur 20). Mais le 13 était une exception. Autant dire qu'on se faisait chier, parce qu'on passait des heures à le regarder tracer des courbes et nous "expliquer" (je mets entre guillemets parce qu'expliquer, c'est censé vouloir dire "faire comprendre", ce qui n'était pas le cas) la réponse à une question. Pas très motivant, donc. J'ai donc rapidement lâché prise en éco, et arrêté de faire mes plaquettes. Et je ne comprenais pas un traître mot de ce que disait le prof en cours. Je me sentais largué, ce que les résultats des évaluations vinrent confirmer. Pour la première fois depuis longtemps, j'ai pris peur en voyant un sujet d'évaluation.
Et le fait que je travaille pendant ces vacances m'a refait rentrer dans le monde de l'éco. OU PAS. Enfin, presque. J'ai ouvert ma plaquette, qui contenait des repères (quatre) avec des lettres dont je ne comprenais pas la signification, censées représenter une variable économique, et des courbes censées montrer leurs interactions. Et une page entière (écrit petit) qui expliquait comment lire les quatre graphiques en un. J'ai donc dû procéder par étapes : 1) Comprendre les phrases isolément, en les relisant, rerelisant, et rererelisant. Et rerererelisant si besoin est, ce qui souvent était le cas. 2) Comprendre ce qu'il y avait dans les graphiques avec un esprit de mathématicien, sans savoir ce que voulaient dire les variables, dans l'abstraction la plus totale. 3) Tenter, à l'aide des phrases, de remplacer progressivement les lettres par des concepts tels que l'investissement, l'épargne, le revenu ou la consommation. 4) Essayer d'avoir une vision un peu plus globale du truc, et le comprendre. 5) Le résumer en quelques lignes. Je me suis arrêté, après une demi-heure de prise de tête, entre les étapes 3 et 4. J'ai à peu près compris, mais ça bloquait, ça saturait. Et je n'en suis qu'à la première page sur dix et à la première question sur onze.
Je me suis donc demandé comment ça avait pu changer si vite, comment l'éco avait pu devenir une matière aussi infernale du lycée à la fac. Et j'ai identifié le problème, ce qui est déjà énorme. Mon problème, c'est la nouvelle forme qu'a pris l'éco. Je m'explique : au lycée, les cours d'éco étaient relativement accessibles : une fois qu'on avait les bases, qui s'apprennent en début de première (le PIB, la valeur ajoutée, et tous les sigles FBCF, EBE, etc), on pouvait à peu près comprendre n'importe quel document, donc n'importe quel cours. Disons que les profs et les manuels faisaient un effort pour être accessibles. Maintenant qu'on est à l'IEP, ce qui me gêne, c'est l'abstraction permanente et la transformation de l'éco en maths. Mon manuel n'est que graphiques et termes techniques que je n'ai jamais vus. Et le cours se basant sur le manuel, c'est mal barré. Le problème est que je considère l'économie comme quelque chose de concret, et pas comme une courbe. Autant ça ne me gêne pas de faire des schémas compliqués (j'adore même en faire), autant dès qu'il s'agit de mathématiser une théorie, de transformer l'épargne en une variable S (si je vois un S, du coup, je ne sais pas que c'est S comme Savings, et comme ce n'est marqué nulle part que S = épargne.....), de la mettre sur une courbe, ça coince. L'éco, ce n'est pas des maths appliquées, je ne peux pas accepter ça. Je suis, comme mon prof d'amphi, qui nous l'a dit maintes et maintes fois, un politique : pour moi, l'économie, ce n'est pas des courbes, c'est un instrument de politique. Je ne m'amuse pas à faire des maths pour élaborer ou comprendre une théorie qui ne s'applique qu'en situation de concurrence pure et parfaite, je préfère me demander comment, en pratique, on peut réformer les marchés dans la mesure du possible pour les améliorer, et -dans mon cas- pour permettre une meilleure répartition des richesses. Pour résumer ma pensée, qui se clarifie peu à peu, j'en ai rien à foutre de savoir comment marche une machine "en-dedans d'elle", je veux savoir à quoi elle sert et comment m'en servir. L'éco du lycée m'apprenait les théories des économistes et donnait, en exemple, des cas concrets. À l'IEP, je n'ai pas le souvenir d'un seul cas concret qui ait été plus que vaguement évoqué en TD. Les tableaux et les courbes que j'aime, ce sont les tableaux et les courbes qui montrent les évolutions dans le temps d'une économie RÉELLE, et pas VIRTUELLE, dans le cadre de POLITIQUES économiques.
Je vais essayer de m'y mettre, et si vous avez des conseils pour que je comprenne mieux cette éco-là, puisque je vais de toutes façons devoir en bouffer au moins jusqu'à la fin de l'année, et certainement jusqu'à la fin de mes études, je suis à l'écoute.
*Private-joke, elle se reconnaîtra (ou pas)
23:25 Publié dans Sciences-Po story | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : économie, sciences-po, étudiant, politique, maths, prof




Commentaires
Il ne faut pas te "buter" contre les maths... Il s'agit juste d'utiliser un outil.. Tu verras, si tu arrives à le dompter, il va te rendre service !
Ecrit par : E.M. | 01 janvier 2008
Ecrire un commentaire